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lundi 12 octobre 2020

TOKYO 2021, bilan de ces sélections clivantes en slalom !

Tout d'abord merci d'avoir complètement explosé les statistiques de lecture du dernier article, ça motive ! Pour ceux qui ne l'auraient pas fait, il est recommandé de le lire antérieurement à celui d'aujourd'hui, pour mieux en appréhender le contenu.

Le titre du précédent article disait que ces sélections slalom françaises olympiques étaient rocambolesques avant même d'avoir commencé. La suite n'a pas été décevante de ce côté-là ! 

Pour espérer être l'unique athlète qui devrait représenter la France à Tokyo 2021, il fallait terminer à la première place des sélections. Dans chacune des quatre catégories alignées au départ des trois compétitions, le suspense a été en quelque sorte au rendez-vous, jusqu'à la dernière manche de la semaine. 


Canoë monoplace homme


Dans cette catégorie, la fédération a fait le choix d'attribuer des bonus non négligeables à trois athlètes :
- 0 et 1 point pour Denis GARGAUD CHANUT
- 0 et 1 point pour Cédric JOLY
- 1 point pour Martin THOMAS

Autant dire que si quelqu'un d'autre que ces trois athlètes voulait terminer à la première place de ces sélections, il devait gagner au moins deux courses, et également espérer que Denis ou Cédric ne remportent aucune course.
Était-ce réalisable ? Sans faire offense au talent de qui que ce soit, c'était tout de même très très compliqué d'en arriver là. Il aurait vraiment fallu dominer ces sélections. Avec une telle densité d'athlètes au départ, c'est loin d'être évident, surtout quand on n'est pas forcément favori sur le papier... D'ailleurs cette année, dans aucune catégorie un athlète n'est parvenu à gagner deux courses.

Comme Martin est le seul athlète de ceux ayant un ou des bonus à remporter une des trois compétitions (course 2), il termine à la première place ! Il s'agit d'une certaine manière d'une belle revanche pour celui qui ne partait pas sur un pied d'égalité avec ses deux compères au départ de ces sélections. La fédération a considéré que ses performances réalisées sur les saisons 2016 à 2019 ne permettaient pas de lui attribuer le bonus de 0 point. 
Pour situer son niveau international, voici ses résultats individuels des deux dernières années, lors des événement majeurs :
- 2020 Championnat d'Europe 7e (1er français)
- 2019 Championnat du Monde 8e (3e français)
- 2019 Championnat d'Europe 2e (1er français)

Après avoir gagné la première course, Lucas ROISIN était en capacité de remporter les sélections jusqu'à la dernière manche en cas de nouvelle victoire ! Il terminera 6e de celle-ci, tout comme à la course 2, ce qui le classe à la 5e place de ces sélections.

De façon surprenante aux yeux de certains observateurs, Jules BERNARDET est le plus performant de ces sélections (hors bonus) ! Avec une 6e, une 2e, et une première place, il se classe à la 4e place des sélections. Sa superbe victoire lors de la troisième course, juste devant Denis, sera décisive dans le classement final de ces sélections. En effet, le marseillais (2e, 3e et 2e), champion olympique en titre, devrait ainsi se retrouver écarté de la sélection olympique. 

À ce sujet, voici l'interview "à chaud" de ce dernier juste après la 3e course, qui a été réalisée devant plusieurs médias :


Le champion du monde en titre Cédric JOLY (10e, 12e et 4e) a eu des difficultés à exprimer tout son talent pendant cette semaine de sélection, lors de laquelle il termine à la 3e place, grâce aux 2 bonus. 
Voici un extrait de sa story publique sur Instagram : "Après 2 années interminables de sélections olympiques, j'ai arrêté de rêver des Jeux lors du nième report des qualifs en mars dernier. Alors, forcément, sans motivation depuis 6 mois, c'était mission impossible." 
En effet, dans un article du Télégramme publié le 17 mai 2020, il semblait pessimiste sur la tenue de la saison 2020 et des Jeux Olympiques 2021. Il disait ainsi : "Du coup, c'est compliqué de se projeter. On ne connait pas le mode de sélection... Aussi, tout ça paraît bien lointain." Mais également que suite à l'annulation du championnat d'Europe de Londres : "Denis Gargaud a été annoncé dans l'Équipe comme sélectionné pour Tokyo. Ça a été démenti. Ça a été compliqué à vivre pour tout le monde, ... " 


Kayak monoplace dame

C'est une catégorie où aucun bonus n'a été décerné, et dans laquelle le suspens était présent jusqu'à la dernière course, lors de laquelle énormément d'athlètes étaient encore en lice pour décrocher le Graal.

Ceci parce que les résultats entre les courses 1 et 2 ont connu un incroyable brassage, en voici un extrait :
- Romane PRIGENT 6e et 1re
- Carole BOUZIDI 1re et 11e
- Emma VUITTON 2e et 9e
- Marie Zélia LAFONT 9e et 2e
- Camille PRIGENT 3e et 6e
- Coline CHAREL 11e et 3e
- Marjorie DELASSUS 7e et 4e
- Lucie BAUDU 4e et 10e

En demi-finale de la troisième et dernière course, Romane, leader du classement provisoire, se fait emporter hors de la bonne trajectoire par le rouleau précédant le fameux "kraken". En ne se qualifiant pas pour la finale A, elle laisse une énorme opportunité à ses adversaires. Elle terminera 3e du classement général, son premier top 3 lors de sélections nationales !

Carole, avec une victoire lors de la première course, sélectionnée lors de cette finale du dernier jour, a désormais un léger avantage sur les autres bateaux. Elle réalise un super temps, mais 2 portes de suite légèrement touchées l'empêchent de remporter le classement final de ces sélections, où elle termine sur une belle 2e place. 
Pour la petite histoire, après avoir terminé 4 ans de suite dans le top 3 des sélections (2014 à 2017), elle termine 4e des deux précédentes sélections (2018 et 2019). Pendant cette dernière période, la fédération a fait le choix de ne la sélectionner pour aucune compétition internationale importante en kayak monoplace, aucun centre d'entraînement fédéral, ni stage. Lorsqu'une athlète du top 3 était absente d'un événement international (championnat ou coupe du Monde), il a systématiquement été préféré de ne pas s'appuyer sur le classement des sélections, en envoyant une athlète plus jeune.

Après être passée à côté de la première course, l'orthézienne Marie Zélia a réussi à se remobiliser en terminant ensuite 2e et 1re. Après 2016, il s'agit pour elle de sa 2e victoire lors des compétitions de sélections françaises olympiques ! Elle aura sûrement hâte de prendre sa revanche sur son résultat aux Jeux Olympiques de Rio de Janeiro il y a 4 ans, où elle a terminé 16e.

Camille, 2e du dernier championnat d'Europe de Prague, fait partie des deux seules athlètes, avec Marjorie, à accéder aux trois finales A. Ne parvenant à gagner aucune des trois courses, elles se classeront respectivement 7e et 6e de ces sélections, derrière la jeune Emma.

Lucie BAUDU (4e, 10e et 2e) termine quant à elle 4e. Elle ne faisait pas partie de l'équipe du dernier championnat du monde en kayak dame, alors qu'elle avait terminé dans le top 3 des sélections (communiqué de la fédération).
Par conséquent, on ne saura jamais si en cas de participation et de grosse performance lors de ces mondiaux, elle aurait pu bénéficier d'un bonus : les critères de ces derniers ayant été établis a posteriori... 


Kayak monoplace homme

Avec un bonus de 0 et 1 point en faveur de Boris NEVEU, on se retrouve dans une configuration similaire à celle du canoë monoplace homme. Une situation très compliquée pour les autres athlètes qui devaient remporter au moins 2 courses et espérer que Boris n'en remporte aucune. 

Mathurin MADORE, avec une victoire à la course 1, et Benjamin RENIA, 1er de la course 2, sont les seuls au départ de la course 3 pouvant espérer avec Boris remporter ces sélections. 

C'est Anatole DELASSUS qui met un terme au suspens, en remportant la dernière course. Il termine 3e de ces sélections, et rentre pour la première fois dans le top 3 des sélections nationales (avec ses 14e, 4e et 1re place). 

Par conséquent, grâce aux bonus, Boris remporte pour la première fois les sélections olympiques en terminant cette semaine 10e, 3e et 8e.

En se classant 4e, 1er et 3e, Benjamin a été le plus performant de ces sélections (hors bonus). Il termine 3 courses sur 3 devant le vainqueur des sélections. Des performances qui lui permettent de rentrer pour la première fois dans le top 3, comme Anatole.

Mathurin aura tout tenté pour gagner une deuxième course, et potentiellement avoir une chance de remporter les sélections. Lors de la course 2, avec le meilleur temps de la finale A, il est passé tout près de cet objectif, mais une trajectoire trop courte dans la porte 22 en fin de manche le pénalise de 50 secondes.

Quentin BURGI (9e, 2e et 16e), qui ne bénéficiait pas de bonus, semblait très en forme lors du dernier championnat d'Europe à Prague, mais a eu des difficultés cette semaine. 
Pour situer son niveau international, voici ses résultats individuels des deux dernières années, lors des événement majeurs :
- 2020 Championnat d'Europe 8e (2e français)
- 2019 Championnat du Monde 11e (1er français)
- 2019 Championnat d'Europe 3e (1er français)

Il s'était exprimé publiquement sur sa page athlète Facebook le 20 juin 2020, au sujet des dernières règles de sélection :
"Le message est passé, j’ai compris que la fédération ne misait pas sur moi. Encore une fois, on se justifie comme on peut, on se dépatouille suivant une ligne qui me semblait moralement infranchissable. Mais pourtant, elle a bien été franchie, une fois de plus."
"Pour ma part, je me questionne même quant à la pertinence de prendre le départ de ces sélections. Ne serait-ce pas d’un côté accorder de la crédibilité aux règles éditées ?"


Canoë monoplace dame

Lucie PRIOUX, 3e du dernier championnat d'Europe faisait partie des favorites de cette catégorie. En ne réussissant pas à intégrer la finale A de la première ni de la deuxième course, elle est sortie de la quête olympique avant la 3e course. Une course que finalement elle remportera, mais ce ne sera pas suffisant pour intégrer le top 3, elle termine 4e de ces sélections.

C'est Marjorie DELASSUS qui a réussi à tenir la pression, après avoir remporté la 1re course, puisqu'elle termine ensuite 3e et 4e. Ceci lui permet de remporter ces courses de sélections ! Parmi les 4 athlètes victorieux de ces sélections dans les 4 catégories, c'est probablement celle qui a le plus déjoué les pronostics. 

Claire JACQUET et Lucie BAUDU, membres de l'équipe de France du dernier championnat du Monde et du dernier championnat d'Europe, ne réussissent pas à remporter de course lors de ces sélections. Deux fois 2e, Lucie n'est pas passée loin, et termine à la 3e place générale de la semaine. 

Angèle HUG, après un très bon début de sélection, 4e de la première course et victorieuse lors de la deuxième, avait encore toutes les cartes en main au départ de la dernière finale. Ses espoirs d'améliorer ses points dans le classement s'envolent à la fin du premier tiers de parcours, où elle écope de 50 secondes de pénalité aux portes 7 et 9. Néanmoins, ces résultats lui permettent de terminer 2e de ces sélections (première fois dans le top 3).


La suite ?


Il va falloir attendre la confirmation officielle des différentes sélections pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2021, et pour la coupe du Monde de Pau en novembre 2020.

Pour ce qui est de la coupe du Monde prévue cette fin de semaine en Slovénie, la fédération avait déjà annoncé le 28 juillet dernier les athlètes sélectionnés. Il s'agit uniquement d'athlètes U23 (moins de 23 ans), départagés semble-t-il, sur la base du classement mondial. 



Le bilan des sélections 


Par rapport à l'année dernière dans les catégories C1D, K1H et K1D il y a eu un énorme turn over du top 3 des sélections. En effet, dans ces catégories, deux tiers des bateaux n'avaient pas terminé dans le top 3 lors des sélections 2019. Ce chiffre très élevé pourrait être mieux analysé avec des comparatifs historiques pertinents. 

Cette année, comme en 2016, parmi les quatre vainqueurs des sélections olympiques, seul un bateau a participé aux précédents Jeux Olympiques.

Les bonus de ces règles de sélections paraissent, on peut le dire, et surtout l'entendre au bord de l'eau, ne pas faire l'unanimité auprès des athlètes. Mais le spectacle et le haut niveau de navigation étaient au rendez-vous.

Enfin, on peut remarquer que des athlètes qui ne sont pas intégrés par la fédération dans le "système d'entraînement fédéral" sont capables de gagner des courses, et d'être en mesure de jouer la sélection olympique jusqu'à la dernière finale ! 

Ne serait-il pas dommageable pour le slalom français de ne pas analyser ces constats et en tirer les conséquences qui conviennent ? 



La réaction de Gauthier KLAUSS et Matthieu PÉCHÉ


4e à Londres (J.O. 2012), et 3e à Rio (J.O. 2016) en canoë biplace homme

🖤 Nous ne sommes pas des pions, il serait temps d’écouter les athlètes ! Un système de sélection Olympique inadapté,...

Publiée par Gauthier Klauss / Matthieu Péché sur Lundi 12 octobre 2020